ET MOI, ET MOI, ET MOI…Suivi de NICK, LENA ET LES AUTRES
Bon, alors vous êtes encore là ! D’accord j’avais dit, faites comme chez vous dans mon site, mais c’était pour rire, je ne pensais pas que vous et moi, on en arriverait là.
Si vous avez lu les pages précédentes, normalement vous me connaissez, vous avez même vu une photo de moi prenant une photo de moi…
Ce site est vraiment un exercice de « je, personnellement, moi-même, seule » mais, le vrai but du jeu, c’est tout de même de partager quelque chose avec quelqu’un. Donc, l’idée, c’est que, si nous avons des choses en commun vous m’en parliez, et que je vous réponde. Mon adresse e-mail est là pour ça :
dam.dom@wanadoo.fr
Avant de nous séparer, j’aimerais vous faire connaître deux personnages sortis tout droit de mon imagination, bien qu’inspirés par quelqu’un qui s’est déjà reconnue…
Il s’agit de Nick et de Léna, deux citadines qui aiment Paris, pour qui tout est prétexte à grands éclats de rires, qui font du Taï-Chi et essaient de le mettre en pratique dans leur vie quotidienne.
Leur première aventure se passe rue de Buci, et dans celui-ci elles mettent en pratique une posture de Taï Chi qui s’appelle «l’aiguille au fond de la mer».
Leurs prochaines tribulations se situeront, je le crains, au Jardin du Luxembourg...
"
RUE DE BUCI
Nick et Léna déboulèrent dans la rue de Buci. Elles marchaient d’un pas décidé, les mains dans les poches, le regard à l’affût. Elles s’étaient baladées dans Paris tout l’après–midi, le nez au vent, et il était temps maintenant pour elles de se poser quelque part.
Les deux filles savaient ce qu’elles cherchaient. Elles arrivèrent devant le café qui faisait l’angle. Elles échangèrent un bref regard. OK, ça irait.
Il faisait beau ce soir là, et il y avait foule en terrasse. Des touristes à l’air un peu égarés, des égarés à l’air de touristes, des amis venus faire la fête, des fêtards nouant d’éphémères amitiés, un grand père à l’air de Père Noël, une mère Fouettard avinée, une Barbie aux mèches fushias sortie de sa boîte pour la soirée, un G.I. Joe qui regardait tendrement son Ken boire un lait-fraise, des parents avec des enfants tirant à grand bruit sur leur paille pour faire des bulles dans le coca, des enfants à l’air ennuyé devant leurs parents pris en flagrant délit de retour en enfance, et bien sûr des couples. Des couples de toutes sortes, bien et mal assortis, couples d’un jour et couples pour toujours, couples télépathes et couples pathétiques, couples mythiques et couples mythomanes, vieux couples qui n’avaient plus besoin de se regarder pour se comprendre, vieux couples à qui l’envie de se regarder était passée depuis longtemps, couples qui ne pouvaient plus se voir, couples qui se voyaient sans se voir, couples qui se retrouvaient, couples qui se perdaient, couples qui s’enlaçaient, couples qui se délassaient, couples d’éternels amants, d’éternels amis, d’éternels ennemis, couples en partance, couples largués, couples amarrés, amours coupables, couples complices, couples dupés, couples floués, couples confiants, couples confidents, couples comiques, couples tragiques, couples enlisés qui s’étouffaient, qui s’éternisaient, couples éphémères faisant leur cinéma en se projetant, en s'illusionnant, couples débutants marchant à couvert à la découverte l'un de l’autre…
Elles n’avaient plus qu’à faire leur choix, comme d’habitude. Les chaises étaient serrées les unes contre les autres, on n’aurait pas passé un doigt. Parfait, juste ce qui leur fallait. D’un coup d’œil, elles se mirent d’accord sur une jolie petite minette et un garçon à l’air sérieux. On allait rigoler. Léna s’assit à côté de lui, cuisse contre cuisse.
Elles eurent vite fait de se débarrasser du serveur. Un demi, un Gewurtz s’il vous plait. Elles attendirent d’être servies, et payèrent l’addition sans attendre.
Léna se cala alors confortablement dans sa chaise et commença à bouger imperceptiblement sa cuisse. D’avant en arrière, tout en sirotant doucement son demi bien frais. La vie était belle. La soirée était douce. A côté d'elle, le garçon discutait d’un air animé, il n’avait rien remarqué. La fille le buvait des yeux en laissant refroidir son café. Léna, sans changer de rythme, accentua la pression tout en continuant son mouvement qui devint du coup plus précis. Au bout d’un moment, elle sentit la cuisse du garçon se raidir. Un coup d’œil à Nick pour qu’elle sache. Toutes deux ouvrirent grand leurs oreilles et se mirent en position sonar. Elles entendirent le garçon s’emberlificoter dans son discours, bafouiller, ralentir son débit… Imperturbable, Léna continuait son manège. Avant… arrière… avant… arrière… doucement… doucement... doucement… Il lui jeta un coup d’œil furtif. Les deux filles, le regard impavide arboraient un vague sourire sur les lèvres. Vague, trop vague pour qu’il y voie autre chose que la promiscuité forcée d’une terrasse bondée un soir d’été.
Bon alors, il se décidait oui ou non ? Décidément, elle n’aurait pas dû le choisir trop jeune, avec les jeunes, elle n’était jamais sûre de leurs réactions à cent pour cent. D’un côté, quand ça marchait, c’était nettement plus drôle. C’est vrai, plus ils étaient vieux, plus ils étaient prétentieux. Toujours prêts à croire que c’était leur charme qui agissait. Une fois, il y en avait même un qui les avait suivies sur des kilomètres (un barbu en plus, elle qui détestait çà !). Elles n’arrivaient plus à s’en dépêtrer. Heureusement Nick avait eu la bonne idée de se mettre à ahaner en titubant sur le trottoir et en faisant celle qui tombait dans les pommes. Il avait été pris de panique, et à l’heure qu’il est, il devait encore courir !!! Mais bon, on ne peut pas faire çà tous les jours. Quoique… Dommage, elles avaient hurlé de rire en se tenant les côtes pendant des heures.
Elle esquissa un sourire à la pensée du moustachu.
Une légère pression la ramena à la réalité. Le gentil petit jeune homme parlait de nouveau à sa copine avec animation en émaillant son discours de petits bisous, tout en frottant sa cuisse avec application contre celle de Léna.
Et bien, il allait falloir qu'elle révise sa théorie, pour un tendron, celui-là, il promettait… Ma parole, elle était tombée sur un sacré numéro, un vrai malade. Il avait maintenant plaqué sa jambe de la hanche à l'orteil contre celle de Léna, et il était en train de rouler une pelle à sa copine. Pour voir, Léna allongea lentement sa jambe. Il suivit le mouvement. Elle la replia et ressenti ce que cela devait être d'avoir un frère siamois. Sauf que ce n'était pas son frère, mais alors là, pas du tout du tout…
Elle risqua un coup d'œil vers Nick et constata qu'elle aussi avait suivi les progrès du petit jeunot. Bien pire : écarlate, Nick tentait de se retenir, mais, ô horreur - Léna connaissait bien ce rictus - elle n'allait pas tarder à éclater de rire, et alors on ne pourrait plus l'arrêter. Bon, il fallait agir, et vite. Seulement, Léna était un peu embêtée car la petite minette avait un air si doux et si fragile qu’elle hésitait à mettre le bazar dans son petit couple. Elle aurait bien le temps de découvrir la personnalité de son copain, mais cela se ferait sans l’aide de Léna. Elle lança un coup d’œil interrogateur à Nick.
Celle-ci avala sa salive bruyamment afin de chasser le rire qui lui grignotait les joues, et se mit à lui faire la conversation. « Tu sais Léna, je suis en train de repenser à notre dernier cours de Taï Chi. Mike avait raison, tu ne t’entraînes pas assez sérieusement. Il faut absolument que tu comprennes la signification de chaque mouvement pour que ça marche. Tu vois, par exemple, « l’aiguille au fond de la mer » dans la deuxième partie, ce n’est pas n’importe quoi, c’est un coup porté avec la main droite aux parties intimes de ton adversaire, et c’est la même chose pour les 107 autres mouvements du tao ». Léna assimila ces sages paroles, l’inquiétude passa dans son regard, et elle répondit d’une toute petite voix : « C’est vrai ce que tu dis, mais c’est plus facile à dire qu’à faire, faut drôlement bien être placé au départ pour que le mouvement ait l’air naturel… ». Oui dit Nick, c’est pas évident, mais tu dois pouvoir y arriver.
Léna jeta un regard de côté, ça n’allait pas être simple. Elle fit signe à Nick de se tenir prête, rectifia la position de ses mains, de son verre, de son pied libre et respira plusieurs fois à fond. Voila, elle était prête. D’un même mouvement, elle dégagea sa jambe droite comme pour se lever, balaya « maladroitement » son verre de sa main gauche en direction de Baby Casanova, et de sa main droite pointée elle fit un mouvement « malencontreux » pour le rattraper. En plein dans le mille. Baby Casanova se mit à hurler. Il n’avait rien vu venir. Cette fois, elle ne l’avait pas ratée son « aiguille au fond de la mer ».
Nick l’attrapa, et l’une tirant l’autre, l’autre poussant l’une, elles se frayèrent un chemin jusqu’à la rue en heurtant tables et chaises sur leur passage, laissant les clients médusés et la minette terrorisée qui hurlait maintenant en cœur avec son Baby Casanova.
Rue Mazarine, elles s’arrêtèrent de courir et, assises sur le trottoir, elles purent enfin laisser libre cours à leur hilarité.
- Dis donc, fit alors Léna, si on s'faisait une petite bouffe maintenant ? C’est pas l’tout, mais ça m’a creusé tout ça !.
- Ca te dirait un italien ? lui répondit Nick.
"
A bientôt...